© Willem de Kooning
"Pour le rêve, chacun sait maintenant que c'est la demande, que c'est le signifiant
en liberté, qui insiste, qui piaille et qui piétine, qui ne sait absolument pas ce qu'il
veut. L'idée de mettre le père tout-puissant au principe du désir est très suffisam-
ment réfutée par le fait que c'est le désir de l'hystérique dont Freud a extrait ses
signifiants-maîtres. Il ne faut pas oublier en effet que c'est de là que Freud est parti,
et que ce qui reste au centre de sa question, il l'a avoué. Cela a été d'autant plus
précieusement recueilli que c'est une ânesse qui l'a répété sans rien savoir de ce
que cela voulait dire. C'est la question — Que veut une femme?
Une femme. Ce n'est pas n'importe laquelle. Rien que poser la question veut dire
qu'elle veut quelque chose. Freud n'a pas dit — Que veut la femme? Parce que
la femme, rien ne dit qu'après tout, elle veuille quoi que ce soit. Je ne dirai pas
qu'elle s'accommode de tous les cas. Elle s'incommode de tous le cas, Kinder,
Küche, Kirche, mais il y en a bien d'autres, Culture, Kilowatt, Culbute, comme
dit quelqu'un, Cru et Cuit, tout ça lui va également. Elle les absorbe. Mais dès
que vous posez la question Que veut une femme? vous situez la question au
niveau du désir, et chacun sait que situer la question au niveau du désir, pour
la femme, c'est interroger l'hystérique.
Ce que l'hystérique veut — je dit ça pour ceux qui n'ont pas la vocation, il doit
y en avoir beaucoup —, c'est un maître. C'est tout à fait clair. C'est même au
point qu'il faut se poser la question si ce n'est pas de là qu'est partie l'invention
du maître. Cela bouclerait élégamment ce que nous sommes en train de tracer.
Elle veut un maître [...]. Elle veut que l'autre soit un maître, qu'il sache beaucoup
de choses, mais tout de même pas qu'il en sache assez pour ne pas croire que
c'est elle qui est le prix suprême de tout son savoir. Autrement dit, elle veut un
maître sur lequel elle règne. Elle règne, et il ne gouverne pas .."
(Jacques Lacan, L'envers de la psychanalyse, 1991 [1969-1970], 149-150)
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04-03-2013
que veut UNE femme?
28-02-2013
fraternité — isolé ensemble
".. le vieux papa [le père de la horde primitive] les avait toutes pour lui [les femmes], ce qui est déjà
fabuleux — pourquoi les avait-il toutes pour lui? — alors qu'il y a d'autres gars tout de même, elles
aussi peuvent peut-être avoir leur petite idée. On le tue [le vieux papa]. La conséquence est tout à fait
autre chose que le mythe d'Oedipe — pour avoir tué le vieux, le vieil orang, il se passe deux choses.
J'en mets une entre parenthèses, car elle est fabuleuse — ils se découvrent frères. Enfin, cela peut vous
donner quelque idée sur ce qu'il en est de la fraternité, je vais vous donner un petit développement
comme une petite pierre d'attente — on aura peut-être le temps d'y revenir avant qu'on se sépare cette
année.
Ces énergies que nous avons à être tous frères prouvent bien évidemment que nous ne le sommes pas.
Même avec notre frère consanguin, rien ne nous prouve que nous sommes son frère — nous pouvons
avoir un lot de chromosomes complètement opposés. Cet acharnement à la fraternité, sans compter
le reste, la liberté et l'égalité, est quelque chose de gratiné, dont il conviendrait qu'on aperçoive ce
qu'il recouvre.
Je ne connais qu'une seule origine de la fraternité — je parle humaine, toujours l'humus —, c'est la
ségrégation. Nous sommes bien entendu à une époque où la ségrégation, pouah. Il n'y a plus de
ségrégation nulle part, c'est inouï quand on lit les journaux. Simplement, dans la société — je ne veux
pas l'appeler humaine parce que je réserve mes termes, je fais attention à ce que je dis, je ne suis pas
un homme de gauche, je constate —, tout ce qui existe est fondé sur la ségrégation, et, au premier
temps, la fraternité.
Aucune autre fraternité ne se conçoit même, n'a le moindre fondement, comme je viens de vous le
dire, le moindre fondement scientifique, si ce n'est que parce qu'on est isolé ensemble, isolé du reste.
Il s'agit d'en avoir la fonction, et de savoir pourquoi c'est ainsi. Mais enfin, que ce soit ainsi sauté
aux yeux, et faire comme si ce n'était pas vrai, cela doit, à force, avoir quelques inconvénients .."
(Jacques Lacan, L'envers de la psychanalyse, 1991 [1969-1970], 131-132)
26-02-2013
23-02-2013
comme on a
© Kati Heck
".. Comme on a le signifiant, il faut qu'on s'entende, et c'est justement pour cela
qu'on ne s'entend pas. Le signifiant n'est pas fait pour les rapports sexuels.
Dès lors que l'être humain est parlant, fichu, c'en est fini de ce parfait, harmonieux,
de la copulation, d'ailleurs impossible à repérer nulle part dans la nature. La nature
en présente des espèces infinies, et qui, pour la plupart d'ailleurs, ne comportent
aucune copulation, ce qui montre à quel point il est peu dans les intentions de la nature
que cela fasse un tout, une sphère. En tout cas, une chose est certaine — si pour
l'homme cela va cahin-caha, c'est grâce à un truc qui le permet, du fait d'abord de le
rendre insoluble .."
(Jacques Lacan, L'envers de la psychanalyse, 1991 [1969-1970], 36)
22-02-2013
s'il y a quelque chose
".. S'il y a quelque chose que la psychanalyse devrait nous forcer de maintenir mordicus,
c'est que le désir de savoir n'a aucun rapport avec le savoir —à moins, bien sûr,
que nous nous payions du mot lubrique de la transgression. Distinction radicale,
qui a les dernières conséquences de point de vue de la pédagogie — le désir de savoir
n'est pas ce qui conduit au savoir. Ce qui conduit au savoir, c'est — on me permettra
de le motiver à plus ou moins long délai — le discours de l'hystérique. Il y a en effet
une question à se poser. Le maître qui opère cette opération de déplacement, de virage
bancaire, du savoir de l'esclave, est-ce qu'il a envie de savoir? Est-ce qu'il a le désir
de savoir? Un vrai maître, nous l'avons vu en général jusqu'à une époque récente,
et cela se voit de moins en moins, un vrai maître ne désire rien savoir du tout —
il désire que ça marche. Et pourquoi voudrait-il savoir? Il y a des choses plus amusantes
que ça. Comment le philosophe est-il arrivé à inspirer au maître le désir de savoir?
C'est là-dessus que je vous laisse. C'est une petite provocation.
S'il y en a qui le trouvent d'ici la prochaine fois, ils me le diront."
(Jacques Lacan, L'envers de la psychanalyse, 1991 [1969-1970], 23-24)
01-02-2013
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