31-07-2012

qu’est-ce qu’une femme / selon Lacan




















































" .. Je vous ferai aussi remarquer que l’issue du complexe d’OEdipe est, comme chacun sait, différente pour la femme. Pour elle en effet, cette troisième étape, comme Freud le souligne — lisez son article sur le déclin de l’OEipe — est beaucoup plus simple. Elle n’a pas à faire cette identification, ni à garder ce titre à la virilité. Elle, elle sait où il est, elle sait où elle doit aller à le prendre, c’est du coté du père, elle va vers celui qui l’a. Cela vous indique aussi en quoi une féminité, une vraie féminité, a toujours un peu une dimension d’alibi. Les vraies femmes, ça a toujours quelque chose d’un peu égaré .. "


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 195)



















28-07-2012

a singer must die / de zanger moet dood [Cohen]




De zanger moet dood

O, de rust in de rechtszaal, maar wie gaat eraan.
Is het waar: jij verraadt ons? Het antwoord is Ja.
Wat wórdt mij verweten, ten laste gelegd,
ik zal vragen om gratie, die te graag wordt ontzegd.
En alle dames al treuren, de rechter geen keuze,
de zanger moet dood voor zijn stem als een leugen.

En ik dank u, ik dank voor de plicht die u doet,
u, waarheidsbewakers, die schoonheid behoedt.
Uw kijk is de juiste, de mijne te wrang,
het spijt me de sfeer te bederven met zang.

In het holst van de nacht is mijn afweer verzwakt
in 't textiel van een vrouw die ik liever vergaf,
in haar ruisende zijde, de klem van haar dijen,
waar ík moet gaan smeken met schoonheid als schijn.
Welterusten, o nacht, mijn nacht nog een nacht,
mijn nacht nog een nacht, nog een nacht, nog een nacht.

Ik ben zo bevreesd om te doen wat u zegt,
uw zonnebrilbinken zijn zeer onderlegd.
Hun manier om te krenken, hun wijze van knechten,
hun knie in je kruis en hun vuist op je bek.
Ja, lang leve systemen door wie ook gemaakt,
heer, ik héb niets gezien, ik was enkel wat laat.








© Loretta Lux 


































A singer must die


Now the courtroom is quiet, but who will confess.
Is it true you betrayed us? The answer is Yes.
Then read me the list of the crimes that are mine,
I will ask for the mercy that you love to decline.
And all the ladies go moist, and the judge has no choice,
a singer must die for the lie in his voice.


And I thank you, I thank you for doing your duty,
you keepers of truth, you guardians of beauty.
Your vision is right, my vision is wrong,
I'm sorry for smudging the air with my song.


Oh, the night it is thick, my defences are hid
in the clothes of a woman I would like to forgive,
in the rings of her silk, in the hinge of her thighs,
where I have to go begging in beauty's disguise.
Oh goodnight, goodnight, my night after night,
my night after night, after night, after night.


I am so afraid that I listen to you,
your sun glassed protectors they do that to you.
It's their ways to detain, their ways to disgrace,
their knee in your balls and their fist in your face.
Yes and long live the state by whoever it's made,
sir, I didn't see nothing, I was just getting home late.







26-07-2012

qu’est-ce qu’une femme / selon Aristophane









































" .. Je recommande tout spécialement à votre attention les pièces concernant les femmes. Dans ce retour au besoin élémentaire qui est sous-jacent à tout le processus, un rôle spécial est dévolu aux femmes, pour autant que c’est par leur intermédiaire qu’Aristophane nous invite, dans le moment de communion imaginaire que représente la comédie, à nous apercevoir de ce qui ne peut s’apercevoir que rétroactivement, que si l’état existe, et la cité, c’est pour qu’on en profite, c’est pour qu’un repas de cocagne auquel d’ailleurs personne ne croit soit établi sur l’Agora. Après que le bon sens a été contrarié par l’évolution perverse de la cité soumise à tous les tiraillements d’un processus dialectique, on en revient per l’intermédiaire des femmes, les seules qui sachent vraiment de quoi l’homme a besoin, à ce bon sens, et cela prend naturellement les formes les plus exubérantes .. "


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 135)







25-07-2012

arrière cocotte





© Paolo Uccello, Bataille de San Ramano





































" .. Quand j’ai résolu d’aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j’ai commencé un petit enquête. Il n’y a rien d’étonnant à ce que je l’aie commencée en interrogeant un poète. C’est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d’un esprit spécialement danseur qui habite son oeuvre, et qu’il fait jouer même quand il parle à l’occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J’ai nommé ici Raymond Queneau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m’a raconté une histoire. C’est un histoire d’examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l’examinateur.

Parlez-moi, dit l’examinateur, de la bataille de Marengo.
Le candidat s’arrête un instant, l’air rêveur — La bataille de Marengo...? Des morts! C’est affreux... Des Blessés! C’est épouvantable...
Mais, dit l’examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier?
Le candidat réfléchit un instant, puis répond — Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.
L’examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin en lui dit — Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy?
La bataille de Fontenoy...? Des morts! Partout... Des blessés! Tant et plus, une horreur...
L’examinateur intéressé, dit — Mais, monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy?
Ouh! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.
L’examinateur, pour manoeuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond — Des morts! Un charnier... Des blessés! Par centaines...
Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille?
Un cheval...
Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.
Ouh! Ouh! dit le candidat, arrière cocotte!

La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s’agit dans le trait d’esprit.



(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 108)





22-07-2012

saumon mayonnaise / selon Freud




© Joe Bradley



















































" .. Une des histoires sur lesquelles Freud fait pivoter son analyse du mot d’esprit, celle du saumon mayonnaise, est la plus belle à en donner l’illustration. Il s’agit d’un personnage qui, après avoir donné à un quémandeur quelque agent dont celui-ci a besoin pour faire face à je ne sais quelles dettes, à ses échéances, s’indigne de le voir donner à l’objet de sa générosité un autre emploi. C’est une véritable histoire drôle. Après le bienfait, il le retrouve donc dans un restaurant en train de s’offrir, ce qui est considéré comme le signe de la dépense somptuaire, du saumon à la mayonnaise. Il faut y mettre un petit accent viennois qu’appelle le ton de l’histoire. Il lui dit — Comment, est-ce pour cela que je t’ai donné de l’argent? Pour t’offrir du saumon mayonnaise? L’autre entre alors dans le mot d’esprit en répondant — Mais alors, je ne comprends pas. Quand je n’ai pas d’argent, je ne peux pas avoir de saumon mayonnaise, quand j’en ai, je ne peux pas non plus en prendre. Quand donc mangerai-je du saumon mayonnaise? .. "



(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 88)





18-07-2012

poésie / selon Lacan




© Elvis Pompillo















































".. Le [dictionnaire] Littré, M. Charles Chassé nous dit que c’était là que Mallarmé prenait toutes ces idées. Le plus fort, c’est qu’il a raison. Il a raison dans un certain contexte où il est pris non moins que ses interlocuteurs, ce qui lui donnée le sentiment qu’il enfonce une porte. Bien sûr, il enfonce cette porte parce qu’elle n’est pas ouverte. Si chacun pensait en effet à ce qu’est la poésie, il n’y aurait rien de surprenant à s’apercevoir que Mallarmé s’intéressait vivement au signifiant. Mais personne n’a jamais abordé ce qu’est véritablement la poésie. On balance entre je ne sais quelle théorie vague et vaseuse sur la comparaison, et la référence à je ne sais quels termes musicaux, par quoi l’on veut expliquer l’absence prétendue de sens dans Mallarmé. Bref, on ne s’aperçoit pas du tout qu’il doit y avoir une façon de définir la poésie en fonction des rapports au signifiant. A partir du moment où l’on donne de la poésie une formule peut-être un peu plus rigoureuse, comme l’a fait Mallarmé, il est beaucoup moins surprenant qu’il soit mis en cause dans ses sonnets les plus obscurs ..”


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 55)









04-07-2012

BOEM & IK KEEK IN MIJN ZAKKEN





BOEM, DE KOGEL VAN CESARE PAVESE


De dato 21 januari dacht ik
aan Lodewijk XVI en, plof,
het grote hoofd van de koning viel
voor mijn voeten
en evenzo op 28 augustus dacht ik
aan Cesare Pavese en, boem,
de kogel van Cesare Pavese doorboorde de slaap
van Cesare Pavese


ik ben een slecht mens, als ik denk aan gras
verschijnt voor mij opeens de moordenaar en hij veegt
in het gras zijn moordenaarsmes schoon
als ik denk aan de hemel komt de slang
onmiddellijk uit de zee en begint te vliegen


ik ben erg droevig om dat alles
en ik denk aan niets meer
en dan met een gil
gloort het niets
en stijgt op uit de diepten van de dingen































IK KEEK IN MIJN ZAKKEN


ik keek in mijn zakken: niets
ik keek om me heen ik opende wijd mijn handen:
niets
ik dacht heel diep na, ik heb me geconcentreerd
met gesloten ogen: niets


ik rende naar huis en opende
kasten en laden
ik gooide mijn papieren door elkaar en
sloeg al mijn boeken open op dezelfde
pagina: niets


ik beukte met mijn vuist tegen de witte muur
en een na een zijn alle muren van de stad
ingestort als speelkaarten
ik liep tussen de verpletterde lichamen door
en keek in hun ogen:
niets



(Matei Vișniec, vert. Jan H. Mysjkin)