© Seb Patane
"Pourquoi me dis-tu que tu vas à Cracovie, quand tu vas vraiment à Cracovie?"
(Lacan, Les formations de l'inconscient, 1957, 105 < Freud, De grap en haar relatie met het onbewuste, 2006 [1905], 441)
"Twee joden komen elkaar tegen in de treinwagon op een Galicisch station. 'Waar ga jij heen?', vraagt de een. 'Naar Krakau', is het antwoord. 'Kijk eens wat een leugenaar je bent', stuift de ander op. 'Als jij zegt dat je naar Krakau gaat, wil je mij laten geloven dat je naar Lemberg gaat. Maar nu weet ik dat jij werkelijk naar Krakau gaat. Waarom lieg je nou?"
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23-12-2012
l'heure de leurrer
15-12-2012
"nous ne l'avons pas encore, la lune"
© Miro
"..Réfléchissons bien. Le système des besoins vient dans la dimension du langage pour y être remodelé, mais aussi pour verser dans le complexe signifiant à l'infini, et c'est ce qui fait que la demande est essentiellement quelque chose qui de sa nature se pose comme pouvant être exorbitante. Ce n'est pas pour rien que les enfants demandent la lune. Ils demandent la lune parce qu'il est de la nature d'un besoin qui s'exprime par l'intermédiaire du système signifiant de demander la lune. Aussi bien d'ailleurs n'hésitons-nous pas à la leur promettre. Aussi bien d'ailleurs sommes-nous tout près de l'avoir. Mais en fin de compte, nous ne l'avons pas encore, la lune.."
(Lacan, Les formations de l'inconscient, 1957, 87)
29-08-2012
l’être-ange
© Bernini, [détail de] l’extase de Sainte Thérèse, Rome, Santa Maria della Vittoria
".. Un sourire bête, comme chacun sait — il n’y a qu’à aller dans les cathédrales — c’est un sourire d’ange. C’est même là la seule justification de la semonce pascalienne. Et si l’ange a un sourire si bête, c’est parce qu’il nage dans le signifiant suprême. Se retrouver un peu au sec, ça lui ferait du bien — peut-être qu’il ne sourirait plus. Ce n’est pas que je ne croie pas aux anges — chacun le sait, j’y crois inextrayablement et même inexteihardement —, simplement, je ne crois pas qu’ils apportent le moindre message, et c’est en quoi ils sont vraiment signifiants ..”
(Jacques Lacan, Le séminaire livre XX, Encore, 1975 [1972-1973], 24)
26-08-2012
une perruche qui était amoureuse
" .. Je peux vous dire un petit conte, celui d’une perruche qui était amoureuse de Picasso. A quoi cela se voyait-il? A la façon dont elle lui mordillait le col de sa chemise et les battants de sa veste. Cette perruche était en effet amoureuse de ce qui est essentiel à l’homme, à savoir son accoutrement. Cette perruche était comme Descartes, pour qui des hommes, c’était des habits en ... pro-ménade. Les habits, ça promet la ménade — quand on les quitte. Mais ce n’est qu’un mythe, un mythe qui vient converger avec le lit de tout à l’heure. Jouir d’un corps quand il n’y a plus d’habits laisse intacte la question de ce qui fait l’Un, c’est-à-dire celle de l’identification. La perruche s’identifiait à Picasso habillé. Il en est de même de tout ce qui est de l’amour. L’habit aime le moine, parce que c’est par là qu’ils ne sont qu’un. Autrement dit, ce qu’il y a sous l’habit et que nous appelons le corps, ce n’est peut-être que ce reste .. "
(Jacques Lacan, Le séminaire livre XX, Encore, 1975 [1972-1973], 12)
19-08-2012
les coordonnées de ce point zéro
© Tereza Buskova
".. Il est parfois plus important de soutenir le problème posé que de le résoudre. Il n’y a absolument rien d’obligé à ce que nous nous fassions une représentation quelconque d’une solution possible de la question posée. Cette question est peut-être la question centrale, la question en deçà de laquelle nous sommes toujours condamnés à rester, celle qui fait le point-pivot. Il faut bien qu’il y en ait un quelque part, parce que, où nous nous mettions pour considérer que toutes les questions sont résolues, il restera toujours la question de savoir pourquoi nous en sommes là — comment en sommes-nous arrivés au point où tout est clair? Toujours est-il que, dans le cas présent, il est clair qu’il doit bien y avoir un point qui fait que nous restons justement plongés dans la question. Je ne vous dit pas que c’est le point dont il s’agit, mais Freud, lui, en tous les cas, tourne autour, et ne prétend nulle part l’avoir résolu. Ce qui est important par contre, c’est de voir comment varient les coordonnées de ce point zéro ..”
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 425)
16-08-2012
on se jette [à l’eau]
© Francesco Granacci
".. L’action humaine est tout spécialement là où on prétend la désigner en accord avec l’histoire. Mon ami Kojève parle du passage du Rubicon comme du point de concours, de la solution harmonieuse entre le présent, le passé et l’avenir de César, encore que la dernière fois que je suis passé du côté de ce Rubicon, je ne l’ai vu qu’à sec. Il était immense quand César l’a franchi, mais ce n’était pas la même saison. Même si César a passé le Rubicon avec le génie de César, il y a toujours dans le fait de passer le Rubicon quelque chose qui comporte que l’on se jette à l’eau, puisque c’est une rivière.
En d’autres termes, l’action humaine n’est pas quelque chose de si harmonieux que cela .."
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 433)
15-08-2012
ils le font [dans cette pensée]
António Caetano de Abreu Freire Egas Moniz
".. Il y a des gens qui s’imaginent que, quand ils font une lobotomie, ils enlèvent une tranche de surmoi. Non seulement ils le croient, mais ils l’écrivent, en ils le font dans cette pensée ..”
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 424)
08-08-2012
qu’est-ce qu’une femme [ne pas confondre]
© Alfred Eisenstaedt, mrs Gustav Mahler
".. La question du développement de la femme et de son adaptation à un certain registre plurivalent de l’ordre humain, est un point assurément sensible de la théorie analytique. Pour éclairer ma lanterne, et employer des termes qui sont ceux-là mêmes qui reviendront aujourd’hui, cette fois dans un sens tout à fait concret, ne semble-t-il pas tout de suite bien certain qu’il convient, pour ce qui est de la femme, de ne pas confondre ce qu’elle désire — je donne à ce terme son sens plein — avec ce qu’elle demande? De ne pas non plus confondre ce qu’elle demande avec ce qu’elle veut, au sens où l’on dit que ce que femme veut, Dieu le veut? .."
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 304)
01-08-2012
donner ce qu’on n’a pas
© Henri Hayden
".. J’irai même plus loin, jusqu’à vous indiquer ici en quoi consiste la valeur de dépendance que représente pour l’enfant l’amour excessif du père pour la mère. Vous vous souvenez, je l’espère, de la formule que j’avais choisi à votre intention, à savoir qu’aimer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas, en non pas donner ce qu’on a. Je ne reviendrai pas sur les raisons pour lesquelles je vous l’ai donnée, mais soyez-en certains et prenez-la comme une formule clef, comme une petite rampe qui, à la toucher de la main, vous mènera au bon étage même si vous n’y comprenez rien, et c’est beaucoup mieux que vous n’y compreniez rien. Aimer, c’est donner à quelqu’un qui, lui, a ou n’a pas ce qui est en cause, mais c’est assurément donner ce qu’on n’a pas. Donner par contre, c’est aussi donner, mais c’est donner ce qu’on a ..”
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 210)
31-07-2012
qu’est-ce qu’une femme / selon Lacan
" .. Je vous ferai aussi remarquer que l’issue du complexe d’OEdipe est, comme chacun sait, différente pour la femme. Pour elle en effet, cette troisième étape, comme Freud le souligne — lisez son article sur le déclin de l’OEipe — est beaucoup plus simple. Elle n’a pas à faire cette identification, ni à garder ce titre à la virilité. Elle, elle sait où il est, elle sait où elle doit aller à le prendre, c’est du coté du père, elle va vers celui qui l’a. Cela vous indique aussi en quoi une féminité, une vraie féminité, a toujours un peu une dimension d’alibi. Les vraies femmes, ça a toujours quelque chose d’un peu égaré .. "
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 195)
26-07-2012
qu’est-ce qu’une femme / selon Aristophane
" .. Je recommande tout spécialement à votre attention les pièces concernant les femmes. Dans ce retour au besoin élémentaire qui est sous-jacent à tout le processus, un rôle spécial est dévolu aux femmes, pour autant que c’est par leur intermédiaire qu’Aristophane nous invite, dans le moment de communion imaginaire que représente la comédie, à nous apercevoir de ce qui ne peut s’apercevoir que rétroactivement, que si l’état existe, et la cité, c’est pour qu’on en profite, c’est pour qu’un repas de cocagne auquel d’ailleurs personne ne croit soit établi sur l’Agora. Après que le bon sens a été contrarié par l’évolution perverse de la cité soumise à tous les tiraillements d’un processus dialectique, on en revient per l’intermédiaire des femmes, les seules qui sachent vraiment de quoi l’homme a besoin, à ce bon sens, et cela prend naturellement les formes les plus exubérantes .. "
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 135)
25-07-2012
arrière cocotte
© Paolo Uccello, Bataille de San Ramano
" .. Quand j’ai résolu d’aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j’ai commencé un petit enquête. Il n’y a rien d’étonnant à ce que je l’aie commencée en interrogeant un poète. C’est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d’un esprit spécialement danseur qui habite son oeuvre, et qu’il fait jouer même quand il parle à l’occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J’ai nommé ici Raymond Queneau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m’a raconté une histoire. C’est un histoire d’examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l’examinateur.
— Parlez-moi, dit l’examinateur, de la bataille de Marengo.
Le candidat s’arrête un instant, l’air rêveur — La bataille de Marengo...? Des morts! C’est affreux... Des Blessés! C’est épouvantable...
— Mais, dit l’examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier?
Le candidat réfléchit un instant, puis répond — Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.
L’examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin en lui dit — Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy?
— La bataille de Fontenoy...? Des morts! Partout... Des blessés! Tant et plus, une horreur...
L’examinateur intéressé, dit — Mais, monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy?
— Ouh! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.
L’examinateur, pour manoeuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond — Des morts! Un charnier... Des blessés! Par centaines...
— Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille?
— Un cheval...
— Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.
— Ouh! Ouh! dit le candidat, arrière cocotte!
La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s’agit dans le trait d’esprit.
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 108)
22-07-2012
saumon mayonnaise / selon Freud
© Joe Bradley
" .. Une des histoires sur lesquelles Freud fait pivoter son analyse du mot d’esprit, celle du saumon mayonnaise, est la plus belle à en donner l’illustration. Il s’agit d’un personnage qui, après avoir donné à un quémandeur quelque agent dont celui-ci a besoin pour faire face à je ne sais quelles dettes, à ses échéances, s’indigne de le voir donner à l’objet de sa générosité un autre emploi. C’est une véritable histoire drôle. Après le bienfait, il le retrouve donc dans un restaurant en train de s’offrir, ce qui est considéré comme le signe de la dépense somptuaire, du saumon à la mayonnaise. Il faut y mettre un petit accent viennois qu’appelle le ton de l’histoire. Il lui dit — Comment, est-ce pour cela que je t’ai donné de l’argent? Pour t’offrir du saumon mayonnaise? L’autre entre alors dans le mot d’esprit en répondant — Mais alors, je ne comprends pas. Quand je n’ai pas d’argent, je ne peux pas avoir de saumon mayonnaise, quand j’en ai, je ne peux pas non plus en prendre. Quand donc mangerai-je du saumon mayonnaise? .. "
(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 88)
03-07-2010
Marcel à la Jacques
© Marcel Broodthaers, Je suis
(Overzichtstento Broodthaers in het Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Brussel, tot 26.09.10)
Marcel à la Jacques
- Puisque la moule est parfaite, Marcel
Je n'est qu'un voile qui sert à recouvrir.
Je n'est qu'un recours tissé. Je Je Je Je
Âme Corps Pensées Âme Corps Pensées
Tu n'est qu'un voile qui sert à recouvrir.
Tu n'est qu'un recours tissé. Tu Tu Tu Tu
Âme Corps Pensées Âme Corps Pensées
[bricolage] [tricotage] [bricolage] [tricotage]
Âme Corps Pensées Âme Corps Pensées
Âme Corps Pensées Âme Corps Pensées
Âme Corps Pensées Âme Corps Pensées
11-03-2010
Soulier V (la valeur phallique du talon)
© André Perugia
"Les reproches qu'elle va faire à l'analyste, de l'embarras qu'il apporte par ses soins dans son existence, vont se matérialiser en ceci qu'elle ne peut pas s'acheter de souliers. L'analyste ne peut pas ne pas reconnaître ici la valeur phallique du soulier, et tout spécialement du talon (..) Remarquons à ce propos que le fétichisme, spécialement celui du soulier, n'est pratiquement pas observé chez la femme. D'où la portée de l'apparition de la signification phallique du soulier en ce point de l'analyse. Tâchons de le comprendre. Pour le comprendre, il n'est pas nécessaire d'aller bien loin, alors que l'analyste fait tout à ce moment-là pour suggérer au sujet qu'il s'agit là chez elle d'un désir de possession du phallus. En soi-même, ce n'est peut-être pas, ma foi, le pire qu'il puisse dire, si ce n'était que pour lui cela veut dire que le sujet a le désir d'être un homme. A quoi celle-ci ne cesse pas de s'opposer, protestant avec la dernière énergie, jusqu'à la fin, qu'elle n'a jamais eu le désir d'être un homme. En effet, ce n'est peut-être pas la même chose de désirer posséder le phallus et de désirer être un homme, puisque la théorie analytique elle-même suppose que les choses peuvent se résoudre d'une façon fort naturelle, et qui ne s'en aviserait ?"
(Jacques Lacan, Le séminaire V, Les formations de l'inconscient, 1957-58, 451)
15-08-2009
Le désir de la mère
© Salvador Dali
"Le désir de la mère (..) entraîne toujours des dégâts. Un grand crocodile dans la bouche duquel vous êtes - c'est ça la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d'un coup, de refermer son clapet. C'est ça, le désir de la mère"
(Jacques Lacan, L'envers de la psychanalyse, 1991 (1969-1970), p. 129)
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