29-08-2012

l’être-ange





© Bernini, [détail de] l’extase de Sainte Thérèse, Rome, Santa Maria della Vittoria





































".. Un sourire bête, comme chacun sait — il n’y a qu’à aller dans les cathédrales — c’est un sourire d’ange. C’est même là la seule justification de la semonce pascalienne. Et si l’ange a un sourire si bête, c’est parce qu’il nage dans le signifiant suprême. Se retrouver un peu au sec, ça lui ferait du bien — peut-être qu’il ne sourirait plus. Ce n’est pas que je ne croie pas aux anges — chacun le sait, j’y crois inextrayablement et même inexteihardement —, simplement, je ne crois pas qu’ils apportent le moindre message, et c’est en quoi ils sont vraiment signifiants ..”


(Jacques Lacan, Le séminaire livre XX, Encore, 1975 [1972-1973], 24)




26-08-2012

une perruche qui était amoureuse






































" .. Je peux vous dire un petit conte, celui d’une perruche qui était amoureuse de Picasso. A quoi cela se voyait-il? A la façon dont elle lui mordillait le col de sa chemise et les battants de sa veste. Cette perruche était en effet amoureuse de ce qui est essentiel à l’homme, à savoir son accoutrement. Cette perruche était comme Descartes, pour qui des hommes, c’était des habits en ... pro-ménade. Les habits, ça promet la ménade — quand on les quitte. Mais ce n’est qu’un mythe, un mythe qui vient converger avec le lit de tout à l’heure. Jouir d’un corps quand il n’y a plus d’habits laisse intacte la question de ce qui fait l’Un, c’est-à-dire celle de l’identification. La perruche s’identifiait à Picasso habillé. Il en est de même de tout ce qui est de l’amour. L’habit aime le moine, parce que c’est par là qu’ils ne sont qu’un. Autrement dit, ce qu’il y a sous l’habit et que nous appelons le corps, ce n’est peut-être que ce reste .. "


(Jacques Lacan, Le séminaire livre XX, Encore, 1975 [1972-1973], 12)




19-08-2012

les coordonnées de ce point zéro




© Tereza Buskova















































".. Il est parfois plus important de soutenir le problème posé que de le résoudre. Il n’y a absolument rien d’obligé à ce que nous nous fassions une représentation quelconque d’une solution possible de la question posée. Cette question est peut-être la question centrale, la question en deçà de laquelle nous sommes toujours condamnés à rester, celle qui fait le point-pivot. Il faut bien qu’il y en ait un quelque part, parce que, où nous nous mettions pour considérer que toutes les questions sont résolues, il restera toujours la question de savoir pourquoi nous en sommes là — comment en sommes-nous arrivés au point où tout est clair? Toujours est-il que, dans le cas présent, il est clair qu’il doit bien y avoir un point qui fait que nous restons justement plongés dans la question. Je ne vous dit pas que c’est le point dont il s’agit, mais Freud, lui, en tous les cas, tourne autour, et ne prétend nulle part l’avoir résolu. Ce qui est important par contre, c’est de voir comment varient les coordonnées de ce point zéro ..”


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 425)




16-08-2012

on se jette [à l’eau]





© Francesco Granacci




























".. L’action humaine est tout spécialement là où on prétend la désigner en accord avec l’histoire. Mon ami Kojève parle du passage du Rubicon comme du point de concours, de la solution harmonieuse entre le présent, le passé et l’avenir de César, encore que la dernière fois que je suis passé du côté de ce Rubicon, je ne l’ai vu qu’à sec. Il était immense quand César l’a franchi, mais ce n’était pas la même saison. Même si César a passé le Rubicon avec le génie de César, il y a toujours dans le fait de passer le Rubicon quelque chose qui comporte que l’on se jette à l’eau, puisque c’est une rivière.

En d’autres termes, l’action humaine n’est pas quelque chose de si harmonieux que cela .."


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 433)




15-08-2012

ils le font [dans cette pensée]




António Caetano de Abreu Freire Egas Moniz
































‎".. Il y a des gens qui s’imaginent que, quand ils font une lobotomie, ils enlèvent une tranche de surmoi. Non seulement ils le croient, mais ils l’écrivent, en ils le font dans cette pensée ..”


(Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient, 1998 [1957-1958], 424)




10-08-2012

dus ik moet afzien




© gé-Karel van der Sterren






































".. Als ik een psychoneuroticus in analytische behandeling neem, vormen zijn dromen geregeld, zoals gezegd, het onderwerp van onze besprekingen. Ik moet hem daarbij alle psychologische opheldering geven met behulp waarvan ik zelf inzicht in zijn symptomen heb verkregen, en stuit dan op de onverzettelijke kritiek, zoals ik die van vakgenoten waarschijnlijk niet scherper te verwachten heb. Meestal richt de tegenspraak van mijn patiënten zich tegen de stelling dat dromen zonder uitzondering wensvervullingen zijn. Hier enkele voorbeelden van het droommateriaal dat mij als tegenbewijs wordt voorgehouden.

"U zegt altijd dat de droom een vervulde wens is", begint een spitsvondige patiënte. "Nu zal ik u eens een droom vertellen waarvan de inhoud er juist op neerkomt dat een wens van mij niet vervuld wordt. Hoe brengt u dat overeen met uw theorie?" De droom luidt als volgt: 'Ik wil een souper geven, maar heb niets anders in voorraad dan wat gerookte zalm. Ik denk erover boodschappen te doen, maar herinner mij dat het zondagmiddag is en dan zijn alle winkels gsloten. Ik wil nu enkele leveranciers opbellen, maar de lijn is gestoord. Dus moet ik afzien van de wens een souper te geven.’ .."


(Freud, De droomduiding, 2006 [1900], 159)